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RDC : Que visent les actions envisagées par l’Eglise à la fin du « glissement consensuel »dont elle est presque l’auteur?

La CENCO a entamé, ce jeudi 15 décembre 2017, son action non-violente afin de contraindre les dirigeants d’appliquer intégralement l’accord du 31 décembre 2016, signé sous les bons offices de l’église.

L’action consiste à sonner le cor pendant 15 minutes dans la capitale, chaque jeudi à 19 heures. Cette mesure vient d’être mise en œuvre alors que la fatidique date du 31 décembre 2017, sonnant la fin théorique de la transition consensuelle, n’est plus à rechercher loin du bout du nez.

Pourtant très impliquée dans le dialogue de décembre 2016, ayant évité le bain de sang au pays et débouché sur un accord entre les principaux camps opposés, l’église catholique avait du coup détourné son œil de ce qui est considéré comme son chef-d’œuvre, laissant aux politiciens le monopole de le tripatouiller et d’en faire toute forme de chantage. A tort ou à raison, l’église a visiblement refusé de monter à bord d’une barque dont elle devait, naturellement, être le capitaine.

Alors que plus que deux semaines ne nous sépare de la fin de l’année, les évêques sont revenus à la charge. Veulent-ils enfin jouer leur partie du jeu ? Rien de certain ne l’affirme. Les hommes de Dieu, pratiquement absents du processus, ont choisi de s’impliquer afin de revendiquer ce qui semble désormais hypothétique. Il est certain que le président Kabila ne passera pas le flambeau de commandement à son successeur avant la fin de cette année, ce qui était pourtant la principale résolution de l’accord dit de la Saint Sylvestre.

Le réveil tardif de l’église catholique à la dernière minute apparaît, au regard des certains observateurs, comme un coup d’épée dans l’eau car plus rien ne peut être sauvé ; étant donné qu’aucun processus démocratique ne peut parvenir à remplacer un président élu dans le délai qui nous sépare du terme de l’échéance initialement accordé au président actuel. Consciente de cet aléa, la CENCO n’a pourtant pas hésité d’entreprendre une action visant l’impossible.

Si la voie empruntée par l’église semble improductive sur le plan matériel, elle peut pourtant avoir une signification et semble déjà donner un écho favorable sur le plan médiatique. Très longtemps orphelins, faute d’une position claire de leurs pasteurs, les fidèles de Kinshasa ont montré une folle envie de suivre le mot d’ordre de l’Eglise. L’action, normalement prévue pour quinze minutes, s’est vue prolongée au-delà d’une heure, ce qui dénote une certaine démonstration de biceps.

Si l’église est la seule structure susceptible de mobiliser un grand monde, et elle en est consciente, le pourquoi de son silence pendant pratiquement une année demeure un mystère. Si elle ne peut pas être accusée d’avoir été partie intégrante du non-respect du prescrit de l’accord, la non action peut relever d’une complicité passive. En même temps, l’église n’a pas aidé le pouvoir en place, et ne l’a pas combattu non plus, comme elle veut en donner l’impression. Ce comportement caméléonesque ne rend pas l’église catholique différente d’autres confessions religieuses qui n’ont pas hésité à manifesté leur attachement au tripatouillage de la constitution et au sabotage des lois de l’Etat par les tenant du pouvoir.

Au départ ventée pour son intégrité, cette fois l’église catholique a écrit une page qui ne rentrera dans le livre de son histoire glorieuse en RDC. Convaincre le peuple à cultiver l’art de la paix, n’était pas une mauvaise idée ; Mais ne pas l’accompagner à décrocher ce qui lui est cher, soit la reconquête de sa souveraineté, ceci ressemble à une trahison du pacte de fidélité.

Les évêques sont plusieurs fois intervenus dans la longue crise qui déchire le pays dès son accession à l’indépendance, mais la situation n’a jamais semblé les obéir. De la Conférence nationale souveraine de triste mémoire au dialogue de décembre 2016, en passant par les élections de 2006, l’église ne peut jamais se dire fière du dénouement dont elle a été l’instigateur. Cette fois sera peut-être la bonne ! Qui vivra verra. En attendant, chaque chrétien devra se doter d’un outil à bruit avant le jeudi prochain.

La Rédaction

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