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Sud-Kivu : très critique, le prof Alphonse Maindo parle de la cryptique « PCR » et du système corbillard dans le contexte congolais ( Interview)

« La responsabilité de l’intellectuel face au péril de la nation congolaise », c’est autour de ce thème que l’université catholique de Bukavu et l’université évangélique en Afrique ont réuni plusieurs scientifiques, universitaires, acteurs sociopolitiques de la ville de Bukavu dans l’amphithéâtre du collège Alfajiri.

En face d’eux : Plusieurs professeurs venus de différentes institutions universitaires sur l’ensemble de la RDC. Des professeurs de renom. Parmi eux, le professeur Mukwege, le professeur Jacques Djoli, le professeur Alphonse Maindo, les professeurs Arnold Nyaluma, Kennedy Kihangi, Matthieu Kalele, André Mbata, Philippe Kaganda, etc.

Elle fait suite au colloque organisé au centre CEPAS à Kinshasa. Comme à la première conférence, un appel solennel des intellectuels à l’engagement pour un Etat de droit a été  lancé.

 Le professeur Alphonse Maindo s’est confié en exclusivité à laprunellerdc.info après la conférence (Interview)

Lprdc : En quoi la conférence de ce jour est importante

Prof Maindo : La conférence d’aujourd’hui est si intéressante parce que ça nous permet de réfléchir sur notre responsabilité sociale, nous entant qu’universitaire parce que les universitaires ont réussi beaucoup de la société, ils ont eu le niveau d’éducation le plus élevé dans le pays et donc comme ça ils ont plusieurs responsabilités. Alors quelle doit être notre responsabilité face à la nation congolaise qui est en péril en ce moment? On voit que la société est au bord de l’implosion, l’économie est en dérive, l’insécurité bas son plein, les infrastructures sociales: les routes, les écoles, les hôpitaux sont très défectueux. Il faut donc que les universitaires puissent assumer leur responsabilité. Ils doivent réfléchir et s’interroger. Et c’est ce que nous faisons pour l’instant.

Lprdc : Comment en est-on arrivé à cette situation sombre?

Prof Maindo : J’ai évoqué deux éléments essentiels, il y a ce que j’ai appelé la cryptique « PCR », qui signifie prédation, corruption et répression et il y a aussi le système corbillard. Comment on peut expliquer ces deux éléments? Le système de prédation : nous sommes dans un régime  qui fonctionne sur le mode de la prédation. On peut même remonter plus loin dans l’histoire avec l’État Léopoldien qui était un état fondé sur la prédation. Donc on puise, on puise, on puise comme une vache à lait mais que l’on n’entretient pas. On puise et puis après les élites qui sont au pouvoir se partagent ça. Et quand il y a les gens qui sont entrain de vouloir contester ce pillage de ressource alors, on essaie d’acheter les leaders de ces mouvements de contestation par la corruption. On leur donne de l’argent pour qu’ils se taisent ou des postes au niveau des institutions publiques.  Alors quand cela ne suffit pas et les gens ne se soumettent pas et ne succombe pas à cette tentation, alors on recourt à la répression ; donc on va les matraquer, les mettre en prison ou les forcer à l’exile. Voilà ce mécanisme qui permet aux différents régimes depuis l’indépendance de survivre à toutes ces situations.

Deuxième élément de cette explication c’est ce que j’ai appelé le système corbillard. En effet c’est un système  qui vous permet de partir au cimetière pour inhumer quelqu’un qui est décédé. Alors on a ici un groupe des compatriotes qui se sont spécialisés dans ce métier là en ce qui concerne les différents régimes dans ce pays. Ils sont là pour les applaudir, pour chanter au chef qui est en place qu’il est le meilleur, qu’il est Dieu, qu’il est tout et que tout ce qu’on fait c’est grâce à lui, même quand on fait des enfants c’est grâce à lui, même quand vous fécondez votre femme c’est grâce à lui et donc on le fait croire qu’il est incontournable et tout ça. Et ces gens là fonctionnent de cette manière là pendant qu’eux profitent de cela jusqu’à ce que la personne est complètement déconnectée de la réalité de la population qui finie par se soulever et faire partir le régime et ses animateurs. Alors ce gens, une fois que le régime et ses animateurs sont partis ils reviennent encore, ils prennent un autre régime avec ses animateurs et il les conduit même en dehors. Ils ont conduit Kasavubu, Mobutu, Kabila le père et là ils sont entrain de faire avec Kabila le fils et on va arriver au même résultat  et c’est comme ça le système corbillard. Dans un système corbillard nous avons trois éléments. Il y a ce qu’on appelle le « Wumela » qui lui dit voilà rester en place. En suite il y a les mouvements de contestation contre cette idéologie c’est-à-dire « Yebela »  faites attention ou faites gaffe nous sommes là et nous avons pris conscience, nous ne voulons pas que ça continue et en troisième lieu quand tout ça va se faire on voit les gens qui commencent a paniquer, il y a le soulèvement. C’est une ambiance de fin de règne alors chacun essaie de prendre ce qu’il peut, sauve-qui-peut et c’est ça le « Welela » et le résultat de çà, c est le régime qui est amené a sa dernière demeure et c’est la tombe.

Lprdc : A quelle étape du corbillard sommes-nous professeur ?

Prof Maindo : Nous sommes presque au début du système « Welela » avec tout ce qu’on voit là. Des mobilisations des chrétiens, des jeunes et aujourd’hui on voit que les universitaires commencent à se réveiller pour réfléchir sur leur responsabilité pour accompagner la population dans ses réflexions, pour amener une meilleure gouvernance dans le pays, pour qu’on puisse avoir des bonnes écoles, des bonnes routes, des bons salaires, des hôpitaux où il ya des soins médicaux et qu’on puisse avoir des chemins de fer .

Lprdc : Le message c’est le quel après cette conférence sur la responsabilité de l’intellectuel congolais ; Est-ce qu’il y a espoir ?

Prof Maindo : Bon nombre d’entre nous intellectuels ou universitaires, avons joué a la politique du ventre. C’est ce qui a permis le système de corruption, c’est ce qui a permis aux différents régimes autoritaires de se maintenir et perdurer. Les croque-morts qui sont dans le corbillard, une partie de ces gens là, ce sont des universitaires et des professeurs d’universités qui ont failli à leur mission ; mais heureusement qu’il y a toujours, comme on dit dans la bible, le petit reste d’Israël qui est là et qui garde sa conscience tranquille. Qui essaie d’utiliser cette conscience pour répandre un peu comme le sel dans le monde, pour assaisonner le peuple congolais comme un bon repas qui soit comestible par tous et pour avoir un goût acceptable. S’il n’y avait pas espoir, on ne se réunirait pas ici à Alfajiri.

Propos recueillis par Honneur-David Safari

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