RDC : Quand « Ensemble » de Moïse Katumbi désassemble une opposition déjà fragile

L’annonce a été faite ce lundi 12 Mars 2018 : les plateformes soutenant l’ancien gouverneur du Katanga ont mis en place un mouvement pour l’amener à la présidentielle de la fin de l’année 2018 et soutenir sa vision et son programme.

Si la fin du Rassemblement n’était devenue qu’un secret d’un polichinelle, personne par contre, ne prédisait ce coup de cet opposant parmi les derniers à quitter le camp du président actuel Joseph Kabila à l’heure actuelle où les opposant Congolais réfléchissent à la possibilité de nouer des alliances pour avoir une candidature commune de l’opposition.

Mais bien voilà : Katumbi crée un mouvement alors que ses soutiens ont toujours évolué dans un regroupement politique dit le « Rassemblement » avec notamment le principal parti d’opposition UDPS. L’objectif visé était d’obtenir l’alternance et contraindre le président Kabila à quitter le pouvoir après la fin de son second et dernier mandat.

Même si à l’UDPS, le fils au patriarche Etienne Tshisekedi, Félix, n’a pas vu de mauvais œil,-du moins officiellement- cette nouvelle sortie de Moise Katumbi même si les dizaines des milliers des combattants ne l’entendent pas de cette oreille et y voient une trahison de l’ancien allié on ne peut s’empêcher d’y voir le signe d’un profond malaise.

Les réseaux sociaux s’enflamment avec des discours et écrits des combattants hostiles au dernier Gouverneur du grand Katanga. Les uns rappellent les polémiques sur ses nombreuses prétendues nationalités, ses vidéos vantant les mérites de l’actuel pouvoir de Kinshasa et de son chef, Joseph Kabila et bien d’autres. Ce show, on ne le voyait plus depuis des mois après la fausse vraie unité de l’opposition issue de Genval. Bonjour les vieilles divisions et querelles à l’ancienne.

La démarche plutôt « cavalière » de Moïse Katumbi apparaît contre un forcing de l’homme qui visiblement, commençait déjà à avoir peur de s’effacer sur la scène politique nationale et internationale avec les différentes tractations pour la création des plateformes électorales. Katumbi veut forcer la main des autres opposants et potentiels candidats ou concurrents à l’interne pour une candidature unique de l’opposition. Une sorte d’avertissement clair adressé à ses pairs de l’opposition en vue de monter les enchères et de démontrer qu’il n’ya qu’autour de lui que l’union peut se faire « comme s’il était le seul candidat valable pour conduire à l’alternance dans le pays » dit un cadre de l’UDPS.

Cette sortie de « Ensemble » vient –elle définitivement mettre fin à toute idée de l’unité de l’opposition et entériner une candidature de fait d’un opposant aussi fort financièrement qu’il soit ? Est-il possible que dans ces conditions l’opposition se réunisse et organise des primaires pour parvenir à un candidat commun comme certains de ses ténors le suggèrent? Rien n’est moins sûr actuellement avec cette candidature annoncée précipitamment car en croire certains ténors de l’opposition comme Jacques Djoli, la bonne démarche pouvait viser d’abord un programme commun et l’homme qui portera celui-ci viendrait naturellement par consensus.

« Il faut d’abord fixer le pilier sur quoi nous allons nous unir et ensuite autour de quel programme et quelle est la personne qui peut démocratiquement assumer cette volonté de renaissance de la nation » disait Jacques Djoli à laprunellerdc.info.

Pourquoi cette fuite en avant de Moïse Katumbi et son mouvement « Ensemble » qui, au lieu de réfléchir unité n’ont pas manqué une seule seconde pour cavalier seuls et d’appeler les autres  rejoindre un programme déjà conçu par un seul camp ?

Pour beaucoup d’observateurs, cette sortie de « Ensemble » complique les choses déjà compliquées à l’opposition avec différents courants en place. « Ensemble vient sceller pour longtemps les tendances divisionnistes des opposants Congolais qui ne sont pas, on le voit, capables de s’entendre autour d’un programme commun et d’un homme qui doit le porter.

Comme à la veille de l’élection présidentielle de 2011, l’opposition Congolaise semble très mal partie avec des milliers des candidatures pour espérer faire face, sûrement à un seul qui sortira de la Majorité présidentielle conduite par l’actuel locataire du palais de la Nation.

Très mal partie car comme en 2011, plusieurs opposants ne tarderont pas à exprimer leur frustration même si c’est encore dans l’ombre. Les analystes voient mal un Vital Kamerhe, Eve Bazaiba, Félix Thisekedi (dont son parti a d’ailleurs annoncé sa candidature) et tous les autres faucons de l’opposition se plier à cette caprice d’un de leurs sans vouloir eux aussi monter les enchères. La démarche est d’ailleurs entamée avec une large coalition annoncée entre UNC-MLC et PALU. L’UDPS et alliés promettent aussi la sortie prochaine de leur plateforme électorale. A côté d’eux, d’éminents acteurs de la société civile qui pourraient souhaiter un cheminement d’ensemble dans une grande coalition.

Cette candidature de Moïse Katumbi avec sa nouvelle plateforme électorale, ou mieux son mouvement vient compliquer la donne. On peut parier que très prochainement, tous les autres préviendront qu’ils sont toujours candidats comme lui et qu’ils ne comptent pas l’accompagner ou jouer les figurants. C’est cela le danger de cette démarche  qualifiée de « précipitée » dans plusieurs Etats Majors des partis politiques d’opposition.

A moins qu’il s’agisse d’une stratégie pour faire diversion face à un pouvoir prêt à tout pour célébrer la division de l’opposition, l’annonce de la nouvelle plateforme est venue jeter le trouble dans une opposition déjà divisée et troublée et il est bien clair que dans cette allure, les forces d’opposition partent perdantes et Moïse Katumbi en portera une partie des responsabilités.

La Rédaction

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