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Sud-Kivu/départ Mulimbalimba : retour sur la démission « contrôlée » d’un ministre controversé

Celui qu’il convient désormais d’appeler l’ex  ministre provincial de l’intérieur, décentralisation, affaires coutumières et affaires Foncières  du Sud-Kivu  a évoqué plusieurs raisons pour rendre le tablier, plusieurs mois après sa nomination à ce poste clé de la vie politique du Sud-Kivu.

Celui-ci n’a pas attendu l’heure de service pour annoncer sa démission aux médias avant même de transmettre sa correspondance au gouverneur du Sud-Kivu. Une correspondance, on peut le voir, qui est signée ce même 8 juin 2018.

Si ce ministre du gouvernement Nyamugago 1 évoque quatre raison parmi lesquelles, l’impossibilité pour lui de diriger ses portefeuilles sans la mainmise du gouverneur et le dossier de la réhabilitation du Mwami de Bufuliru, sa démission ne surprend pas nombreux dans le gouvernement provincial.

Aussi, du côté de plusieurs acteurs de la société civile et des mouvements citoyens, c’était un ministre « incompétent ».

Quelles sont les facteurs ayant concouru à cette décision « brusque » d’un ministre très controversé du gouvernement provincial ? Chronique d’une démission presque « contrôlée » et « arrachée ».

Un  ministre « destiné » au portefeuille de la santé?

Elu d’Uvira dans la plaine de la Ruzizi, Luc Mulimbalimba devient ministre de l’intérieur par le hasard des choses.

Dans les coulisses de la majorité présidentielle, on raconte que son parti l’AFDC l’avait proposé pour être ministre de la santé et non de l’intérieur.

Alors que tout était déjà fin prêt pour qu’il soit nommé à ce poste, quelle ne fût pas la surprise de son parti d’apprendre qu’il va se charger plutôt d’autres portefeuilles que celui-là. Bahati Lukwebo est furieux, il le fait savoir au gouverneur et à la Majorité Présidentielle à travers les réseaux sociaux, car apprend –t-on « il comptait avoir la santé et les mines ».

Le malaise est dépassé, le ministre démissionnaire se met au travail et à chaque fois, « le docteur » prend des initiatives dans le domaine sanitaire. C’est dans ce domaine qu’il se sent bien mais il travaille malgré lui au ministère de l’intérieur et s’attire des foudres et pas les moindres.

A l’intérieur et sécurité, il est très contesté

Pendant les premiers mois de son mandat, la province est sous l’activisme des bandits armés qui sèment terreur et désolation dans la ville de Bukavu et dans les territoires.

On tue chaque jour, et aucun quartier n’est épargné.

Luc Mulimbalimba ne sait visiblement pas par où commencer. Il se rend sur différents fronts pour tenter de trouver des solutions aux nombreux problèmes surtout dans les quartiers Panzi et Cahi.

A Panzi et à Cahi, il a une recette magique : distribuer des ordinateurs aux jeunes qu’il considère aussi comme faisant partie du problème. Il espère réduire le chômage et encadrer ainsi les jeunes et les encourager à sécuriser leurs quartiers.

Des ordinateurs qu’il va distribuer dans différents quartiers de la ville. On l’appelle désormais « le ministre Bienfaiteur ».

Dans sa famille politique comme dans le gouvernement provincial, il essuie les critiques de tous les côtés. Personne n’est convaincu avec son approche «don d’ordinateurs » pour réduire l’insécurité. On commence à y voir des visées propagandistes.

Certains mouvements citoyens montent au créneau et exigent sa démission.  Plusieurs acteurs de la société civile sont d’accord avec l’idée de son remplacement et disent vouloir « un interlocuteur valable » dans le domaine sécuritaire.

A Nyamoma, on n’y répond pas directement mais nombreux sont ceux qui sont d’accord mais refusent de briser le pacte entre partis de la majorité « par la volonté des mouvements citoyens et de la pression ».

Dans son cabinet, le mécontentement est visible

Luc Mulimbalimba n’aura pas seulement fâché les structures citoyennes.

Dans son cabinet, les agents dénoncent une administration parallèle. En dehors des personnes nommées sur l’arrêté et fruit des arrangements, le ministre nomme ses plus proches, y compris sa femme, comme secrétaire particulière alors qu’elle reste à Kinshasa. Les salaires sont divisés en deux lors de chaque paie. Ceux qui sont reconnus officiellement paient pour les autres, le système est ainsi organisé. Les retraits s’intensifient, les démissions se succèdent. A l’intérieur de son cabinet, la situation est intenable.

Au sein de son propre parti politique l’AFDC, un cadre dénonce un homme « qui n’écoute que lui-même».

 « Il a multiplié des frasques inutiles dans la gestion de son ministère Ce n’est pas un meneur d’hommes. Il a d’abord un problème de gestion des ressources humaines en sa disposition. L’homme lui-même est en conflit avec son entourage, » dit un autre cadre du PPRD.

Une fuite en avant  pour « sauver son électorat »?

L’évaluation de l’action gouvernementale ne le met toujours pas en pool position. Luc Mulimbalimba sent que sa fin est proche. Au sein du gouvernement provincial, on commence à voir un remaniement à la porte.

Un remaniement à peine voilé annoncé par le numéro Un du Sud-Kivu dans la réunion avec les cadres du PPRD à l’hôtel Panorama, il y a quelques semaines.

Le ministre démissionnaire est dans le viseur et se retrouve parmi ceux qui devront être nécessairement remplacés.  Il est nommément visé dans la réunion d’évaluation.

Son parti y voit rouge. Les manœuvres commencent pour l’amener à la démission. Trois jours durant, les choses sont claires : il ne faut surtout pas qu’un député national soit viré au risque d’avoir une incidence sur son électorat. « Il faut éviter le ridicule qui peut avoir une incidence grave sur le parti et sur lui-même en cette période électorale » dit-on dans son parti.

En politique, et député de surcroit, Mulimbalimba trouve un alibi et là, il aura bien calculé son coup : « je démissionne pour vous peuple d’Uvira ». Un bel alibi en effet alors qu’on parle de la scission de la province et qu’on se rend aux élections le 23 décembre prochain si on en croit au calendrier publié par la CENI. Il évoque même le fait que c’est pour défendre le peuple «Fuliru » sa base électorale.

« Dès le début, beaucoup des gens avaient tiré la sonnette d’alarme et attirer l’attention sur cette personne très controversée  dans son entité, sa base beaucoup des problèmes, beaucoup des conflits avec les gens et il a voulu transposer ces conflits au ministère de l’intérieur, et c’était du tohubohu, un mélimélo insupportable. Je crois que son départ donne un peu d’or et du grain à moudre au sein du gouvernement provincial » se réjouit un autre acteur et pas le moindre du gouvernement provincial.

Il est parti en prenant son gouverneur et beaucoup des membres de sa famille politique  de court mais pas bien sûr son parti politique qui connait les contours de la situation. Par la démission, il met les autres membres du gouvernement provincial à la défensive : avec une démission devant les médias sans en avoir informé au gouverneur, il sait que ses détracteurs auront difficile à justifier qu’on voulait le virer et  désormais les allégations contenues dans la lettre de démission et ainsi cacher les méfaits sous sa gestion. Là, c’est un coup réussi parce que l’homme de la plaine a réussi à se faire des admirateurs « pour son acte de courage ».

Nyamugabo choisira t-il de le remplacer ou de revoir toute la monture gouvernementale? Aucune réponse pour l’instant ne filtre de ce côté. « Il s’agit du pouvoir discrétionnaire du chef » nous dit un membre du gouvernement provincial. Mais pour l’instant, les choses vont bouger, les calculs politiques, géo-politiques et circonstanciels risquent de se refaire en vue de satisfaire tout le monde.

La Rédaction

 

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