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« Si notre génération ne s’approprie pas ce prix, d’autres générations vont s’en approprier »

L'interpellation du professeur Arnold Nyaluma par rapport au prix Nobel Mukwege

Le professeur Arnold Nyaluma, l’un du Club des professeurs lanceurs d’alerte a appelé les congolais s’approprier le prix Nobel décerné au célèbre gynécologue Denis Mukwege en début de ce mois d’octobre 2018 pour son travail en faveur des femmes victimes des viols et violences sexuelles à l’Est de la RDC. Dans ses interventions, Arnold Nyaluma est revenu également sur la nécessité de réparation et de responsabilisation pour respecter toutes ces victimes d’atrocités dans le pays. Laprunellerdc.info vous propose les grandes lignes des interventions de ce professeur lors d’une conférence de presse vendredi 19 octobre dernier à Bukavu pour expliquer aux habitants le sens de ce prix Nobel attribué à Mukwege.

Appel à une mémoire collective.

« Le Docteur Mukwege a porté à la connaissance du monde, le malheur que traverse le peuple congolais, maintenant parce que l’amnésie nous conduit parfois à oublier les dix millions de morts que Léopold II a fait au Congo ; à oublier qu’à part ce qu’on a vécu dans le Congo contemporain, le massacre le plus grave de l’histoire c’est  la Shoah , c’est le génocide Rwandais, c’est le génocide de l’ ex Yougoslavie ; et nous sommes les seuls avec les arméniens à expliquer au monde ce que nous avons vécu, et pourtant se rappelant de l’une des victimes Christophe Munzihirwa, et quand nous circulons un peu partout dans cette ville, on retrouve des fosses communes où les gens ont été enterrés par la volonté des gens qui circulent aujourd’hui » regrette Arnold Nyaluma.

« Mais il faut qu’il y ait aussi responsabilisation. Qui a commis ces crimes ? Et s’il a commis, quelle est la sanction qui est envisagée? »

 

Une mémoire qui conduira à la responsabilisation et la réparation en faveur des victimes.

« Si un homme a pu porter à la connaissance du monde, jusqu’à obtenir  un  prix Nobel, ce fait là on peut déjà s’en féliciter, s’en féliciter parce que c’est un combat pour nous tous, espoir aussi puisque  la reconnaissance du crime ne suffit pas. En fait vous avez posé la question de la réparation, parce qu’il  y a eu crime il faut qu’il y ait réparation ; Mais il faut qu’il y ait aussi responsabilisation. Qui a commis ces crimes ? Et s’il a commis, quelle est la sanction qui est envisagée?…Il appartient donc à chacun de nous de se dire : qu’est-ce que je fais à mon niveau, quel message je vais envoyer, et quel engagement je vais prendre pour que finalement cette reconnaissance conduise à la réparation, que la réparation passe par la responsabilisation et que cela nous conduise à la garantie de la non répétition pour un état de droit j’espère bien inscrit définitivement dans l’histoire….Si nous ne demandons  pas réparation, responsabilisation et non répétition, les indiens, les Sierra-Leonnais viendrons redemander à notre place; et nos enfants  nous poserons la question qu’avez-vous fait de cette reconnaissance universelle de ces atrocités que vous avez subies » tranche cet éminent professeur.

« Si tous les sans voix trouvent leurs lamentations exprimées par cette voix, nous devrions  nous en réjouir »

Par ce prix Nobel, dit le professeur Arnold Nyaluma, la voix des congolais vivant dans les malheurs est entendue dans le monde entier.

« Mais il est allé plus loin : plus jamais ça! Qu’est ce qui nous rassure que cela ne va pas se répéter, qu’est ce qui nous rassure que ceci n’est plus possible, sachant l’engagement de tout un chacun ; l’engagement pour qu’on ait une gouvernance responsable, une gouvernance efficace, une gouvernance  avec un cœur humain, pas avec un langage comme celui de Lambert Mende que je peux assimiler  à un véritable négationniste, où devant les évidences il est le seul à ne pas comprendre les malheurs du Congo.Je voudrais vous rappeler qu’à côté du prix Nobel  du docteur Mukwege, il y a un processus de canonisation de Monseigneur Munzihirwa, et nous espérons que dans les jours à venir il va être déclaré saint pour avoir dénoncé ce mal ; et vous et moi, quelle est notre responsabilité si à ce stade on a reconnu le niveau du malheur des congolais, et le besoin de le dénoncer; … c’est  la voix, ce n’est pas l’individu qui compte. Si tous les sans voix trouvent leurs lamentations exprimées par cette voix,  et surtout s’ils peuvent espérer  une gouvernance qui va réparer, endiguer pour toujours  ces malheurs nous devrions  nous en réjouir ; mais on ne peut pas s’en réjouir si chacun de nous ne pose pas des actes…Si Denis Mukwege est aujourd’hui prix Nobel, il n’ y aura pas un autre dans cinquante ans (50 ans).  Notre génération, nos enfants, les enfants de nos enfants doivent profiter  de cette fenêtre qui est ouverte, pour que les voix soient entendues au plus haut niveau et pour toujours. » estime le professeur Arnold Nyaluma.

« Si notre génération  ne s’approprie pas ce prix, d’autres générations vont s’en approprier. Notre province ne l’exploite pas, d’autres provinces vont  l’exploiter ».

Comme son collègue Philippe Kaganda, Nyaluma estime que le prix Nobel est une autre occasion parmi les rares où on parle du Congo au positif. Il appelle ses concitoyens à s’approprier des idées et du combat du prix Nobel 2018.

« Dans votre souvenir, sur les trente ans qui passent, à quelle autre période on a entendu parler du Congo au positif ? C’est tout récemment avec la victoire des Léopards de l’équipe locaux au CHAN. Nous n’avons posé la question à personne pour célébrer  la bravoure d’Elia Meshack, on lui a pas demandé de devenir président de la République, nous avons célébré, nous avons considéré que c’était notre victoire ; mais c’était une victoire sportive, celle-ci elle est humanitaire, elle est historique, elle est politique. Nous ne ferons pas de Mukwege un président de la République, mais s’il y a des politiciens qui vont nous suivre, ils ont un modèle à suivre ; ils savent que ce sont des problèmes du peuple congolais ; S’il y a d’autres médecins, d’autres juristes qui ont besoin de la célébrité, ils ont compris qu’on est célèbre dans le service, et tous cela donne de l’espoir ;Mais si derrière le prix vous voyez l’ombre, comprendrez effectivement que tous les grands hommes les sont par leurs modesties. Que soit Mandela, que soit Gandhi, ils sont restés ordinaires, mais c’est plutôt leur pensée, c’est leur philosophie qui continuent à survivre, et je le répète Mukwege n’appartient plus au Congo, au Kivu, à Bukavu ; Mukwege appartient à l’Afrique et à l’humanité ; il appartient à cette génération et à la génération future. Gandhi on l’a pas connu, Martin Lutter on ne l’a pas connu, et donc si notre génération  ne s’approprie pas ce prix, d’autres générations vont s’en approprier. Notre province ne l’exploite pas, d’autres provinces vont  l’exploiter » dit-il aux journalistes à Bukavu.

Eric Shukrani

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