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Sud-Kivu : à la rencontre des sinistrés de Rambira/Kalehe, délaissés par l’État (dossier)

Les sinistrés de Rambira, Gishenyi et Bushushu vivent dans des conditions inadmissibles, dans les abords du bureau territorial de Kalehe, en Province du Sud-Kivu. Ils lancent un cri d’alarme à quiconque peut les aider car leurs vies sont en danger, et l’Etat congolais semble se désintéresser de leur sort.

Dans un coin de notre planète, précisément à l’Est de RDC, encore au 21ème siècle, des êtres humains vivent aujourd’hui dans les conditions les plus inhumaines. Ils n’ont ni logement, ni vêtement, ni nourriture.

N’ayant aucun endroit où se réfugier, après qu’ils aient été évincés de la concession de la Pharmakina, où les avaient placés le Mwami au lendemain de la catastrophe, ces sinistrés ont trouvé idéal d’ériger leur camp dans les abords du bureau du territoire de Kalehe. Ils s’y sont installés depuis le mois de juin 2016, espérant attirer la curiosité de l’autorité locale.

Hélas, il n’en sera jamais le cas. Initialement installé devant le bureau territorial, ces citoyens ont reçu l’injonction de se replacer derrière les institutions étatiques territoriales. Du coup, aucune autorité ne se soucie de leur cause.

Des abris des sinistrés de Kalehe. Ph LAprunellerdc.info

« Nous vivons dans des conditions très difficiles ! Depuis que nous sommes venus ici, chassés de la concession Pharmakina où le Mwami nous avait délocalisés, les autorités ne nous ont rien dit de rassurant. Nous n’avons aucune assistance ! Vous voyez les conditions dans lesquelles nous vivons ! Toutes les fois qu’il pleut la nuit, nous nous mouillons mais rien n’est fait par les dirigeants. Nous sommes venus nous installer près d’eux pour qu’ils ne disent pas qu’ils ne savent pas les conditions dans les problèmes que nous traversons. Nous sommes en face du bureau de l’administrateur [du territoire], et nous sommes même allés jusqu’au bureau du gouverneur ! Tous savent notre situation, mais ils n’y trouvent aucune solution », nous a confié monsieur Chirishungu Dieudonné, président des sinistrés.

Dieudonné Chirishungu regrette de constater que la promesse du gouvernement, de trouver « une solution durable » à leur problème, tarde à se concrétiser. Par contre, ils ont été placés derrière le bureau de l’administrateur ! Désespérés ils trouvent que cette agissement de l’autorité territoriale est une manœuvre visant simplement à les placer dans les oubliettes.

« En nous plaçant ici, ils nous insinué qu’ils nous mettent provisoirement. Mais aucun document ne nous couvre ! Donc, à tout moment on peut nous chasser d’ici car les dirigeants ne considèrent pas que nous avons aussi droit à la propriété de domicile sur le sol de notre pays », a poursuivi le président des sinistrés.

Ils ne reçoivent aucune assistance de la partie gouvernementale. Ils vivent misérablement, dans des conditions les exposant à tout genre d’intempérie. Afin de protéger rien que leurs têtes, en de pluie, ces citoyens se sont construits des logis minuscules et sans forme. Ces logis, dépassant rarement 4 mètres-carré de surface, hébergent des familles entières. La nuit, parents et enfants se confinent, tel des ras dans un nid de fortune,  pour attendre l’avènement du matin.

Ces demeures, entièrement faites en paille, ne garantissent aucune protection à leurs occupants. Le matériau en soi, fragile tant à la précipitation qu’aux rayons solaires accablants, ne constitue guère une assurance pour les personnes vulnérables, notamment les vieillards, les femmes et les enfants.

Faida Ntanda est une mère de famille, venue de Rambira. Elle a gardé 9 enfants, après en avoir perdu d’autres. Misérable, elle raconte avec sanglot la vie qu’elle mène au camp !

« Nous souffrons énormément, avec nos enfants, par manque de logement. Nous nous mouillons comme de animaux sauvages. Nous ne savons si nous sommes dans notre pays, où en terre étrangère ! Nous n’avons pas de quoi manger, ni de quoi nous vêtir ; nous sommes sans habitation, et nos enfants ne vont même pas à l’école ! Nous vivons comme des cochons. Dans des petites maisons comme ça, vous vivez avec dix enfants, et un mari ; c’est une souffrance énorme », nous confiait Faida, s’interrogeant sur le sort que leur réserve l’Etat congolais.

Les conditions de vie qu’ils traversent, ajoutées aux tragédies qu’ils  ont endurées en 2014, par moment les sinistrés de Kalehe envisagent prendre des décisions extrêmes.

« En ce moment, nous nous demandons s’il faut que nous nous suicidions, où carrément demander à l’Etat de nous exterminer parce que nous constatons que nous n’avons aucune valeur à ses yeux », nous a confié un autre sinistré.

Les problèmes des sinistrés de Kalehe sont légion, mais le maque de logement inquiète particulièrement. Dans leurs petites bicoques, ils courent toute forme de risques, et les mesures sécuritaires et sanitaires ne sont pas réunies. Cela nécessite  particulièrement l’implication des autorités étatiques afin de sauver toute ces vies qui sont en danger.

« Leur problème c’est de trouver un camp où on peut leur distribuer des petites parcelles pour y construire des maisonnettes… Là où ils sont, avec les intempéries, la pluie, le vent et les maladies, ils sont très exposés mais jusque-là, il n’y a pas de solution » nous insinuait, Madame Henriette Bisoma Nabami, promotrice d’une école privée, où une dizaine d’enfants des sinistrés étudie gratuitement.

Cette situation se vit dans le voisinage du bureau de l’administrateur du territoire. L’autorité en est bel et bien saisie, et assure que des mesures sont mises en place pour que la solution soit trouvée définitivement. L’administration actuelle, jeune quelques mois seulement, est consciente que le dénouement de ce problème a trainé, me révèle quand-même certains progrès.

« Il est vrai que leur nombre au total était de 720 ménages ; aujourd’hui c’est resté 135 ménages », a révélé monsieur Pascal Masikilizano, Administrateur assistant du territoire de Kalehe, en charge des finances, économie et développement.

Par ailleurs, l’administrateur assistant reconnait que le gros reste à faire, et signale que son administration ne cesse de frapper à toutes les portes possibles.

« Présentement nous n’avons pas une solution durable, parce que  les sinistrés sont là, ils cherchent comment être réintégrés dans leurs places respectives, mais c’est le moyen qui cause beaucoup de problèmes. Nous n’avons pas une place pour les réinsérer encore. Nous leur avons proposé qu’ils puissent d’abord rester là d’une manière temporaire… Mais ils cherchent une solution durable à leur problème», a relève-t-il. Toutefois, il précise que le plaidoyer se poursuit, auprès des ONGs et autres bienfaiteurs, pour que le problème puisse être complètement décanté.

En un moment de l’histoire, ces citoyens vivaient paisiblement dans leurs maisons, et vaquaient à des activités paysannes ordinairement. Ils ne s’étaient jamais imaginé qu’un mal de pareille ampleur détruirait leur bonheur au point de les amener à une vie cauchemardesque, à limite inhumaine.

La date du 25 octobre 2014 est restée particulièrement, et tragiquement gravée dans les mémoires de ces villageois. En ce jour s’abattit, les villages de Rambira, Gishenyi et Bushushu, un désastre sans précédent. Des éboulements, dus à des fortes pluies, avaient englouti ces trois villages causant la mort de plusieurs centaines personnes, et détruisant tous les biens de villageois.

Jusqu’à présent, les rescapés vivent le calvaire,  sans assistance.

John Aciza

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