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21 ans après le massacre de Kasika : les auteurs restent couverts

Ce 24 août 2019, la République Démocratique du Congo commémore le  21ème anniversaire du massacre de Kasika. Cet événement odieux plongea la Province du Sud-Kivu, la RDC, voire l’humanité entière dans une désillusion totale. La guerre avait cessé d’être une confrontation armée entre deux factions opposées, et était devenue une arme fatale tournée contre des populations civiles inoffensives.

Il s’est passé dans ce pays des choses qui ne l’ont été nulle part ailleurs. Le seul pays au monde où le sang des milliers d’innocents peut couler dans un contexte unique, et en un seul jour, sans qu’aucune voix ne se lève, c’est bien en RDC. Sur le périmètre couvrant de Kilungutwe à Kasika, dans la chefferie de Lwindi, en territoire de Mwenga, [soit environ une ère de 60 Km de diamètre] la journée fut au rouge, le 24 août 1998.

Selon les sources officielles, les décomptes avaient fait état de 633 personnes tuées, tous des paisibles citoyens n’ayant rien à voir avec les conflits qui opposaient des troupes armées dans la région à l’époque. Certaines sources de la société civile parlent de plus d’un millier de mort ce jour-là.

Des actes odieux commis lors de ce massacre

Si le nombre de morts laisse sans voix toute personne éprise d’humanisme et de compassion, il en est surement pire de l’identité des victimes et de genre d’atrocités qui présidèrent à leur mort. Certains furent enterrés vivants, d’autres décapités à l’arme blanche, des crânes des enfants fracassés, des organes génitaux  des femmes furent abusés et bien d’autres actes ignobles furent commis.

D’après les témoignages, la grande majorité de victimes du massacre de Kasika était constituée des enfants et des femmes. Oui, des femmes et des enfants tués avec  extrême cruauté. Des enfants, dont l’âge varie entre quelques mois et 6 ans, furent retrouvés morts des coups violents et enfouis dans des  latrines, comme l’ont témoigné certaines organisations des droits humains.

Si les responsabilités n’ont jamais été clairement établies dans le dossier des tueries de Kasika, il est cependant clair que la terreur n’épargna aucune couche sociale. L’abbé Stanislas Wabulakombe, retrouvé dans sa paroisse en train de célébrer une messe, fut tué ensemble avec une multitude de fidèles ainsi que trois religieuses. Un rapport de l’ONG CADDHOM témoigne des circonstances particulièrement cruelles dans la mort de trois religieuses : leurs dépouilles furent trouvées avec des   morceaux de bois dans leurs organes intimes.

[Vérité très choquante, certes, mais qui ne mérite d’être dite pour honorer la mémoire de toutes ces victimes dont le sans crie toujours justice].

A cette occasion, le Mwami Mubeza [de la chefferie de Lwindi] fut assassiné et sa femme, enceinte, fut éventrée de deux jumeaux. Dégueulasse, comme sort pour une société qui ne faisait que vaquer paisiblement à ses activités quotidiennes quand elle vit le mal s’approcher, s’implanter et la consumer !

L’identité des auteurs des crimes connus, mais aucune poursuite n’a été entreprise

Ce massacre est mis à l’actif du mouvement rebelle RCD, en ce moment appuyé par la main de Kigali. Des témoins parlent de la présence des éléments de l’armée rwandaise dans les troupes qui ont commis ce forfait. Pour cause, les troupes rebelles voulaient se venger de la cuisante défaite qu’elles venaient d’essuyer sur ce tronçon, quelques jours plutôt.

21 ans après la commission de ces actes, il s’entretient un calme visiblement complice autour de ce massacre. Si les hommes de troupe, qui furent largués sur le terrain pour cette sale besogne, ne sont pas connus avec exactitude, l’identité des chefs hiérarchiques et responsables politiques du mouvement rebelle à l’époque, ne souffre d’aucune obstruction.

Par ironie du sort, tous les répondants de cette rébellion se sont vus  octroyer une précieuse récompense au sein de l’armée et des structures étatiques grâce à l’avènement du consensus entre le gouvernement congolais de l’époque et les différentes factions rebelles.

Nombreux acteurs de la société civile, et défenseurs des droits humains, ne cessent de dénoncer cette injustice dont bénéficient les criminels de Kasika. Jusqu’à présent, ils sont bien casés tant au sein de l’armée [où ils occupent des fonctions de haut commandement] que dans les instances gouvernementales.

Des années semblent passer, des mémoires semblent se laisser corrompre par les tourbillons de l’histoire, mais la piqûre fut si profonde que sa cicatrice peine à s’effriter. Un certain 24 août 1998, près de trois semaines     après la création du Rassemblement Congolais pour la Démocratie [RCD], plus d’un millier de civils furent pris pour cibles par des éléments de la nouvelle faction rebelle.

Inaction complice de la communauté internationale

C’est déplorable de réaliser que les responsables de ce crime odieux ne sont pas inquiétés jusqu’à ce jour. Tant au niveau national qu’à l’échelle internationale, aucune poursuite n’a été entreprise à l’encontre des auteurs de ce crime. La communauté internationale, qui prétend combattre les actes qualifiables de crimes de guerre, crime contre l’humanité et autre crime de génocide, n’a osé entreprendre aucune démarche pour mettre les noms sur ces crimes particulièrement sanglants.

Pourtant ce crime et tant d’autres, commis entre 1993 et 2003, ont été répertoriés dans le rapport du projet Mapping. Mais jusqu’à présent, ledit rapport a du mal à sortir des tiroirs de l’ONU. Ce qui fait craindre la présence d’une main noire qui protège les tueurs et autres criminels.

La prétendue main noire met à l’abri les noms des auteurs des crimes listés dans le Rapport Mapping. En effet, l’intégralité du rapport est à la disposition des lecteurs, sauf les annexes qui reprennent les identités des auteurs.

« Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple car un peuple sans histoire est un monde sans âme », dixit Alain Foka, historien et expert de l’histoire contemporaine de l’Afrique.

John Achiza

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