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100 jours de Ngwabidje au Sud-Kivu: entre la gestion des urgences et l’instabilité politique

C’est ce 18 septembre 2019 que l’actuel Gouverneur du Sud-Kivu Théo Ngwabidje Kasi aura totalisé 100 jours depuis que son gouvernement dirige officiellement la province. Un gouvernement investi, vous le savez depuis le 11 juin dernier.

100 jours, c’est à la fois peu pour évaluer un Gouverneur mais c’est aussi une occasion pour certains acteurs de mettre leurs projecteurs sur l’action de l’autorité provinciale ou du moins avoir une idée sur ce à quoi pourrait ressembler son quinquennat.

On y va des problèmes en problèmes

Théo Ngwabidje Kasi, est d’abord arrivé dans un contexte particulièrement difficile sur plusieurs plans. Un de ses soutiens confiait à Laprunellerdc.info qu’il avait l’impression que depuis son arrivée à la tête de la Province, celle-ci ne donne aucune possibilité de bien exécuter son programme. Quel que soit sa bonne foi, des cas de forces majeures s’interposent et s’imposent.

Celui qui est arrivé après 4 Gouverneurs dans pratiquement 11 ans sait parfaitement bien à quelle province il aura à faire alors que le pays vivait sa première alternance à la tête des institutions. 

C’est aussi dans un contexte sécuritaire difficile que l’ancien Directeur de l’INSS, aujourd’hui (CNSS) arrive au cabinet de Nyamoma. 

Attaques meurtrières dans les villes comme dans plusieurs territoires, conflits dans les hauts plateaux de Minembwe spécialement, braquages suivis de vols et pillages dans la plaine de la Ruzizi et sur d’autres tronçons des territoires d’Uvira, Fizi, Mwenga, etc. Bref, «ça tire partout en province ». Les Forces de défense et de Sécurité font leur travail et réussissent tant soit peu à stabiliser la situation à certains endroits mais le défi reste entier.

C’est le tour des naufrages

Des naufrages, on en compte autant. 7 cas, plus de 200 morts  en seulement quelques quatre mois. Des victimes et rescapés nécessitent tous des assistances. Oui, ce ne sont que des urgences jusque-là !! Il faut rechercher les corps, il faut un enterrement digne, il faut venir en aide aux rescapés ainsi qu’aux dépendants des victimes mortes dans les naufrages.

Ce n’est pas fini, bonjour les incendies!

Dans la ville de Bukavu, ce sont des incendies qui se multiplient. On compte au moins 500 maisons déjà parties en fumée dans la seule ville de Bukavu. Plusieurs centaines des familles réclamant assistance.  Le Gouverneur s’y déploie avec bien évidemment le grand accompagnement des autorités nationales.

Son mérite dans tous ces cas est qu’il était souvent prêt à se rendre lui-même sur les lieux du drame et communiait avec la communauté victime. Mais est-ce suffisant ?

Ngwabidje n’a pas fini d’assister les victimes des catastrophes. Comme si cela ne suffisait pas, des éboulements sont signalés par ci par là, les vies humaines en pâtissent. C’est venu le tour des éboulements au village tout comme en ville. 

Et voilà le terrible Ebola!

Alors que les citoyens du Sud-Kivu pouvaient encore pousser un ouf de soulagement en se disant que Ebola ne se trouvait que dans la province voisine, la terrible maladie s’est invitée sur les portes de la province de Ngwabidje.

Une nouvelle charge non prévue s’ajoute sur son programme. Des missions par ci par là, c’est encore une fois des urgences. La province  doit se doter des équipements nécessaires pour la prévention. Il faut en donner aussi aux autres services étatiques.

Pendant que le peuple est trop regardant et veut à tout prix vivre ce changement longtemps rêvé, l’ancien Directeur de la CNSS se voit tirailler par la gestion des urgences et victimes de catastrophes.  100 jours de gestion des imprévus. 

De l’insécurité grave et récurrente, passant par des infrastructures très délabrées, des conditions socio-économiques  peu favorables,  jusqu’à la lutte contre Ebola en Province, Ngwabidje n’a eu aucune possibilité de «gouverner autrement » pendant ses premiers 100 jours comme il prétend le faire. Tout n’est pas fini, la messe toujours pas dite, évidemment ou heureusement pour celui qu’on qualifie de « technocrate ».

Alors qu’il tente également d’être dans sa peau de la première personnalité en province, un autre élément et non le moindre vient s’ajouter à l’équation déjà compliquée. C’est la querelle politique entre son Parti l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC) dirigé par Modeste Bahati Lukwebo et le Front Commun pour le Congo (FCC) et spécialement le PPRD.

En province, des partis politiques lui demandent de se prononcer sur son appartenance après la fronde de Lukwebo. Ngwabidje hésite et il est tiraillé de tous les côtés. Va-t-il se mettre à gouverner la province ou chercher à organiser sa survie politique et espérer résister dans un système qui a toujours fragilisé les gouverneurs depuis 2007 ? Ses proches et défenseurs sont formels: il dirigera jusqu’en 2023.

Ses 100 jours sont arrivés et Ngwabidje n’a pas souhaité se conformer à la tradition pour évaluer son action mais plusieurs acteurs estiment que malgré sa bonne foi à maintes reprises exprimée, il n’a pas encore donné des signaux clairs allant dans la bonne direction pour relever les nombreux défis de la province.

C’est d’ailleurs le sentiment qui anime Robert Njangala, Coordinateur national adjoint du mouvement Filimbi en République Démocratique du Congo. Il estime que l’actuel locataire de Nyamoma en fait trop sur le plan de la Communication sans actions concrètes.

«Aucune solution jusque-là aux multiples problèmes qui caractérisent la province.  Le seul bilan positif du Gouverneur actuel, c’est ses abondantes  publications sur les réseaux sociaux. Les routes sont délabrées en ville et impraticables dans les différents territoires, L’eau reste un casse-tête pour les habitants, les naufrages se multiplient sur le lac Kivu, les incendies sont légion,  l’insécurité est grandissante, mais le Gouverneur se fait plaisir à passer tout son temps à publier abondamment ses photos sur la toile, comme si cela était une solution aux différents problèmes qui secouent notre Province. C’est décevant!» s’indigne Robert Njangala.

Njangala estime que « la province est encore une fois de plus mal partie ». 

Un avis non partagé par ses soutiens qui appellent à ne pas juger l’action d’un Gouverneur dans les 3 mois.

« Il a fait grand-chose mais les défis sont énormes que honnêtement on a l’impression qu’il ne va pas y arriver mais je peux te jurer, le connaissant, qu’il va y parvenir et étonner positivement les Sud-Kivutiens » explique un membre du gouvernement provincial. qui met en avant la volonté et la détermination de « gouverner autrement par le travail ».

Maintenant que les 100 jours seront passés, le gros reste à faire mais la session de septembre à l’Assemblée Provinciale pourrait nous réserver des surprises alors que le microcosme politique Sud-Kivutien est agité. Parviendra-t-il à matérialiser sa volonté de gouverner le Sud-Kivu?  Pour l’instant, c’est le souci de plusieurs acteurs sociaux qui tentent de lui accorder le « bénéfice du doute » en s’opposant à tout ce qu’ils qualifient de déstabilisation de la province. Une déstabilisation qui pourrait l’amener à passer le temps « pour chercher à rester Gouverneur au lieu de travailler pour le peuple qui souffre », estime un acteur de la Société Civile.

Jean-Luc M.

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